Philippe Cochet



Député de la 5è circonscription du Rhône - Maire de Caluire et Cuire

 

      


La loi Macron adoptée après le rejet de la censure.

Un débat de censure en trompe-l'œil. Sans surprise, la motion déposée par les groupes UMP et UDI a été rejetée, jeudi après-midi. Elle n'a obtenu que 234 voix, alors qu'il en fallait 289. Le projet de loi Macron est donc adopté sans vote. Il sera examiné au Sénat en avril.

La seule vraie nouveauté du débat est le soutien gêné de six des dix députés Front de gauche à l'initiative de l'opposition. En l'absence de nombreux frondeurs du PS, qui avaient annoncé qu'ils ne voteraient pas cette motion de censure, le rôle ingrat d'opposant numéro un de gauche au gouvernement est revenu au patron des députés communistes, André Chassaigne. «Le sens des responsabilités aurait dû conduire le gouvernement à retirer le projet de loi Macron, un texte indigeste sur la forme comme sur le fond, qui ne porte que des reculs pour les droits des salariés», a dénoncé Chassaigne. Il a réclamé «un nouveau gouvernement qui puisse réunir l'ensemble des forces de gauche», invitant l'exécutif à ne «pas se fourvoyer dans les méandres du libéralisme économique».

 «L'alliance des carpes et des lapins ne pouvant par nature être qu'éphémère et stérile»

Bruno Le Roux

L'exercice était plus facile pour François de Rugy, le coprésident du groupe des Verts, qui a rappelé que «les écologistes ne sont pas dans l'opposition» et ne voteront pas la motion de censure qui «ne mène nulle part». Le député de la Loire-Atlantique a demandé au premier ministre de «tirer les conséquences de cette impasse dans laquelle toute la majorité est engagée» en «renouant le dialogue au sein de toute la majorité». Sans surprise, le patron des radicaux de gauche, Roger-Gérard Schwartzenberg, a expliqué que «le temps n'est pas aux divergences» même si son groupe «n'est pas d'accord sur tout» avec le gouvernement.

 

«Tout ça pour ça», s'est exclamé le patron des députés PS, Bruno Le Roux, qui a défendu le projet Macron, «une loi de progrès social», a souligné qu'il ne voyait «pas de majorité alternative»,«l'alliance des carpes et des lapins ne pouvant par nature être qu'éphémère et stérile». Aux voix critiques à gauche, le député de Seine-Saint-Denis, excédé, a lancé: «Ne noircissez pas le tableau!»

Dans les couloirs, l'un des frondeurs, Pouria Amirshahi, n'en a pas moins réclamé que «le gouvernement modifie ses choix» et «sorte de l'énervement», alors que plusieurs députés PS, dont Jean-Jacques Urvoas et Christophe Caresche, réclamaient l'exclusion des «meneurs» de la fronde du groupe socialiste. Ce que Le Roux se refuse à faire.

«À la merci de votre majorité»

L'occasion était rêvée pour Christian Jacob de demander à François Hollande de «renvoyer les députés devant leurs électeurs», c'est-à-dire de dissoudre l'Assemblée nationale, comme l'a aussi réclamé dans les couloirs le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde. «Vous êtes à la merci de votre majorité (…) Vous ne pilotez plus», a ajouté le patron des députés UMP, pour qui le gouvernement «devrait en toute logique être renversé». Moins sévère, le président du groupe UDI, Philippe Vigier, a affirmé que la majorité est «dans l'impasse», «prisonnière du mensonge originel de François Hollande qui a nié la crise et les efforts qu'il fallait demander aux Français». «Vous prétendez qu'il n'existe pas de majorité alternative à la vôtre. Ce n'est pas la vérité. Sur tous ces bancs, je sais qu'il y a des hommes et des femmes prêts à prendre les décisions vitales et urgentes pour sortir de la crise», a dit le député d'Eure-et-Loir.

Avant le rejet de la motion de censure, Manuel Valls a répondu longuement aux orateurs, affichant sa détermination à réformer «dans le dialogue bien sûr», mais «surtout» avec «l'autorité qui s'impose» et «sans se laisser impressionner». Rendant un nouvel hommage à Emmanuel Macron, le premier ministre a répondu à Christian Jacob: «Il n'y a pas de majorité alternative. Il n'y a qu'une seule majorité élue par les Français (…) Ne remettez pas en cause la légitimité du président de la République.»



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