Philippe Cochet



Député de la 5è circonscription du Rhône - Maire de Caluire et Cuire

 

      


La Gauche a organisé le règne de l'impuissance.

Souvent accusé par les socialistes d'être réactionnaire, le nouveau président des Républicains s'exprime pour la première fois depuis sa prise de fonction. Islam, burkini, identité, assimilation, Front national… Ses réponses chocs.

Le 20 juillet dernier, vous vous êtes violemment affronté à Manuel Valls à l'Assemblée nationale, en lui reprochant notamment sa passivité face à la menace terroriste. Qu'en retenez-vous ?

L'état actuel du pays est le point d'aboutissement d'une idéologie. Ce qui nous arrive n'est pas une accumulation d'erreurs mais de choix portés consciemment par la gauche depuis une trentaine d'années. La responsabilité de la droite, c'est d'avoir supporté tout cela en silence, et de ne pas avoir corrigé ces erreurs lorsqu'elle était au pouvoir. Quand Christiane Taubira démantelait la politique pénale, quand Najat Vallaud-Belkacem met en place l'enseignement des langues d'origine au lieu de réhabiliter l'apprentissage du français, quand Manuel Valls, dans son discours de politique générale, commence par exprimer son profond respect pour ceux qui ont une identité différente, ils ne font pas une erreur, ils appliquent une idéologie. Cette idéologie est celle de la déconstruction. On déconstruit le rapport à l'autorité, au respect, au travail, à la transmission des valeurs, à la frontière.

Pourquoi Manuel Valls est-il si mal à l'aise avec mes critiques ? Parce que tout d'un coup il reçoit comme un boomerang le résultat de cette idéologie. Si j'ai voulu déchirer le rideau, c'est parce qu'ils ont détruit tout ce qui fait l'identité française, et sacralisé, au nom d'une pseudo tolérance, tout ce qui contribue à détruire nos repères et nos valeurs. La crise identitaire de la France, c'est celle-là. Le terrorisme en est le révélateur, mais il n'est que la face émergée de l'iceberg. Avec Manuel Valls, on a un premier ministre en perdition, toujours plus excessif dans ses mots, toujours plus faible dans ses actes.

Un des enjeux de cette passe d'armes à l'Assemblée, c'est que Manuel Valls se pose en garant de l'état de droit, lorsque vous lui demandez de changer le droit. La droite est-elle prête aujourd'hui, sur les sujets importants, à ne pas raisonner à “droit constant” et à renverser la table ?

Si je me suis engagé en politique, et si je suis aujourd'hui à la tête de notre mouvement, c'est parce que je pense que la politique peut changer les choses. Je veux raisonner et agir par rapport à ce qu'attendent les Français et non pas, comme c'est aujourd'hui trop souvent le cas, par rapport à ce qu'on aurait le droit de faire ou de ne pas faire. Soyons clairs. Lorsque l'on dit qu'on veut contrôler les frontières, on nous répond que l'Europe ne le permet pas. Lorsque l'on dit qu'on veut contrôler l'immigration, on nous répond que la CEDH ne l'autoriserait pas. Lorsque l'on dit qu'on veut interdire le burkini, on nous explique que la Constitution ne le permet pas.

Le résultat ? On a organisé le règne de l'impuissance. Nous avons, ce qui est la faillite absolue de la politique, des technocrates au petit pied qui ne s'interrogent plus sur ce qui est bon ou mauvais pour le pays, mais qui se demandent ce que la Constitution, l'Europe ou le FMI leur permettra de faire. Cette abdication, cette castration, je la constate chez beaucoup trop d'élus, qui ont décidé de renoncer. Et le renoncement, c'est le symptôme d'un pays qui entre en décadence. Il faut donc renverser la table. On considère que le regroupement familial n'est pas supportable et, pour l'interdire, il faut changer la Constitution ? Changeons la Constitution. On veut pouvoir interner les fichés S mais la CEDH nous l'interdit ? C'est un traité. Au nom de quoi ce traité serait-il supérieur à la volonté de la nation française ? On veut reprendre la maîtrise de Schengen, mais ça suppose des adaptations dans les accords européens ? Changeons ces accords européens.

Que répondez-vous au premier ministre, qui distingue une droite avec qui il peut parler de la droite réactionnaire, dont vous seriez l'un des chefs de file ?

Cet affrontement avec Manuel Valls était important, car il permettait de lui dire que ses brevets de bien-pensance ne tiennent pas, que sa manière de classer les gens sur une échelle de fréquentabilité ne fonctionne plus. Cette façon qu'a eue la gauche d'inoculer un virus à la droite en lui paralysant les neurones et en menaçant de l'exclure du champ républicain ne m'intimide pas. Pour la gauche, être républicain veut dire être socialiste. Je ne suis pas socialiste.

Manuel Valls y voit une stratégie opportuniste, François Bayrou, dans Valeurs actuelles, critiquant le livre de Nicolas Sarkozy, y voit de la démagogie et de l'électoralisme…

Nicolas Sarkozy a eu le courage et le mérite de secouer cette gangue politiquement correcte. L'électoralisme, c'est quand la gauche a un discours de tolérance coupable vis-à-vis de l'islam politique. Quand, dans les quartiers de sa ville, Martine Aubry ouvre les piscines pour des horaires différenciés entre les hommes et les femmes, là, on est dans l'électoralisme. Je revendique le fait que lorsqu'on demande à mettre dehors les djihadistes et qu'on puisse les déchoir de leur nationalité, là, on traite les problèmes de la France. Au nom de quoi, en démocratie, écouter les Français et traiter les problèmes du pays serait-il de l'opportunisme ? Ceux qui utilisent ce type d'arguments sont tombés bien bas.

Depuis des années, vous êtes l'incarnation de “l'aile droite” des Républicains, dont vous venez de prendre la tête. Aujourd'hui, la droite, ce sont les idées de Laurent Wauquiez ?

Quand on est en responsabilité dans un parti, et encore plus dans cette période délicate des primaires, ce n'est pas une affaire de personne. Par contre, il faut une boussole à droite pour 2017. Sur le plan des idées, ce qu'il faut comprendre, c'est que la très grande majorité des élus régionaux, départementaux, des maires et des parlementaires de notre famille politique sont sur cette même ligne, qui consiste à dire que la droite ne peut pas revenir au pouvoir pour ne rien faire. C'est ma boussole, mon obsession. Notre travail, désormais, consiste à fédérer sur des idées fortes, un programme et un socle de valeurs pour être majoritaire en 2017. Tout ce qui est demi-mesure, consensus mou, est voué à l'échec. On ne rassemble pas sur des ambiguïtés et des faux-semblants.

En 2017, est-ce la dernière chance pour la droite de convaincre ?

C'est vraiment la dernière chance, pour notre famille politique d'une part, car les Français ne nous feront pas confiance indéfiniment, et pour notre pays d'autre part, car les défis sont trop importants. Nous sommes à un moment, par exemple, où le communautarisme est devenu trop fort. Regardez la polémique sur le burkini. Ne nous y trompons pas : les attentats terroristes et le burkini sont les deux faces d'une même médaille, c'est l'offensive de gens qui vomissent la France. Nous sommes face à une islamisation rampante du pays. Loin d'être anecdotique, l'affaire du burkini révèle quelque chose de fondamental. Nous devons refuser le modèle du communautarisme à l'anglo-saxonne, et sauver notre modèle de l'assimilation à la française. Avec l'assimilation, il n'y a aucun espace pour les petits compromis, pour le burkini, pour les horaires différenciés dans les piscines, pour le port du voile dans les services publics. L'autorité de la République ne se négocie pas. Ce n'est pas seulement une question de laïcité, mais aussi d'identité. Il faut un islam qui, en France, soit compatible avec l'histoire et les traditions de notre pays. Dans notre pays, l'islam doit se franciser.

À la tête des Républicains, Nicolas Sarkozy s'est habitué à consulter les adhérents sur le projet. On vous sait opposé au “mariage pour tous”, et vous êtes l'un des rares, à droite, à défendre son abrogation. Soumettrez-vous cette question aux militants ?

La totalité de notre projet, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, y compris sur ces sujets, a été soumise aux adhérents. J'ai pour ma part, c'est vrai, toujours milité pour l'abrogation de cette loi, car je considère qu'elle ouvre à une rupture de l'égalité de la filiation. Pour l'instant, ce n'est pas le projet de mon parti. Mais nous avons inscrit dans notre programme la suppression de tout ce qui aboutirait à déconstruire la filiation, et je n'ai pas changé d'avis. C'est le point essentiel, je serai très vigilant là-dessus : nous ne tolérerons aucun pas vers la GPA ou la PMA.

Quelle est votre feuille de route à la tête des Républicains ?

D'abord, je veux m'assurer que le parti continuera à s'opposer au gouvernement. Le danger de la primaire, c'est de ne penser qu'à la compétition, et ainsi laisser François Hollande et le gouvernement de Manuel Valls dérouler leurs projets. Il faut une opposition forte. Je veillerai ensuite à ce que la primaire soit une compétition mais pas une lutte à mort. Chacun doit exposer ses idées sans s'employer à démolir celles des autres. Vous n'entendrez jamais chez moi la moindre attaque ou critique contre un candidat à la primaire, et le parti ne sera au service d'aucun d'entre eux. Il nous faut enfin préparer la suite. Je le dis à mes amis : la primaire n'est pas une fin en soi. L'objectif est d'apporter en 2017 une alternance au pays, qui n'aura strictement rien à voir avec ce qu'a fait François Hollande pendant cinq ans.

Pourquoi la droite ferait-elle demain ce qu'elle n'a pas fait hier ?

Ce doit être une alternance radicale. La question qui hante les Français, c'est vrai, est de savoir si la droite va être capable de faire une rupture totale. Ce sera possible, car un verrou a sauté, et je m'en réjouis. La droite s'est totalement émancipée dans ses propositions, dans sa façon de voir la politique, et elle doit désormais traduire cette émancipation en actes.

Comment s'est-elle émancipée ?

Elle est portée par un changement, qui ne concerne pas seulement la droite, c'est le réveil de tout un pays, qui a pris conscience, dans la violence et le choc des attentats, qu'il ne voulait pas changer de nature. Que la France était menacée et qu'elle ne voulait pas disparaître. Le paysage a changé. Une nouvelle génération, notamment d'auteurs et d'intellectuels, à l'image de Finkielkraut, Bellamy, Houellebecq, est arrivée avec une nouvelle vision pour refuser que le pays sombre en silence.

Selon vous, le Front national et ses scores électoraux ont-ils contribué au réveil de la droite ?

En politique, il faut apporter les bonnes réponses, et ma conviction c'est que le FN ne les a pas. On voit d'ailleurs apparaître de grandes failles idéologiques à l'intérieur de ce parti : le FN de Marine Le Pen, dont le discours sur l'assistanat et la valeur du travail est extrêmement ambigu, n'est ainsi pas le même que celui de Marion Maréchal-Le Pen.

Sur les questions identitaires, pourtant, la proximité entre le discours du FN et le vôtre est réelle…

Il n'y a pour moi aucun corpus commun. Je n'ai ni la même vision ni la même conception des choses que les élus du FN. Je revendique en revanche le fait de pouvoir dire à des gens qui ont voté FN que ce qu'ils expriment a été entendu.

Nicolas Sarkozy assume vouloir convaincre les électeurs du FN de voter pour lui. Est-ce votre souhait aussi ?

J'ai une analyse très simple : ce ne sont pas les électeurs du FN qui se sont trompés, fourvoyés, c'est le discours de la droite qui était dans l'erreur. À partir du moment où il y aura une droite et un centre qui assumeront des idées qui sont fortes et radicalement différentes de celles de la gauche, le FN, qui est un parti attrape-tout sans colonne vertébrale et disant à chacun ce qu'il veut entendre, n'aura plus d'utilité ni de raison d'être.



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