Philippe Cochet



Député de la 5è circonscription du Rhône - Maire de Caluire et Cuire

 

      

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"J'irai jusqu'à la Victoire" Entretien au Figaro

EXCLUSIF – Dans un entretien au Figaro, le candidat de la droite et du centre, qui n’entend pas renoncer en cas de mise en examen, expose ses propositions dans le domaine de la sécurité.

LE FIGARO. – Vous avez expliqué qu’une seule chose pouvait vous empêcher d’être candidat : être mis en examen. Est-ce toujours votre position aujourd’hui ?

François FILLON. – J’avais souhaité que la justice agisse vite dans cette période particulière qu’est la campagne présidentielle. Mais la justice n’a pas pris de décision. L’enquête se poursuit et l’horloge tourne. Plus on s’approche de la date de l’élection présidentielle, plus il serait scandaleux de priver la droite et le centre d’un candidat. Je m’en remets désormais au suffrage universel. Ma décision est claire : je suis candidat et j’irai jusqu’à la victoire.

Que répondez-vous aux élus de votre parti qui estiment qu’il n’est plus possible aujourd’hui de faire campagne avec les affaires qui vous touchent ?

On annonçait depuis plusieurs jours soit ma mise en examen, soit l’ouverture d’une information judiciaire et cela alimentait l’inquiétude de certains élus. On voit qu’il n’en est rien et donc je vais poursuivre ma campagne. Les conditions sont difficiles, je le reconnais. Je dois tout affronter : les mensonges, les attaques, le calendrier, les opérations ciblées pour perturber mes déplacements… On voit bien qu’il y a une opération lourde, conduite pour empêcher le candidat de la droite et du centre. Cela ne m’intimide pas et c’est en train de renforcer la volonté des électeurs de la droite et du centre. Ce sont des pratiques détestables qui ne me feront pas reculer.

Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy est-il un soutien ?

Bien sûr. Il est normal que je prenne le temps d’écouter l’analyse d’un ancien président de la République de même que les conseils qu’il peut donner. Je le fais aussi avec Alain Juppé ; il se trouve qu’il est à Bordeaux, donc cela se passe au téléphone, c’est moins spectaculaire. Je veille à ce que notre famille politique reste unie, à ce que notre cohérence soit maintenue. C’est pourquoi j’ai élargi le comité de campagne. Mon devoir est de rassembler tout le monde pour résister à l’opération de déstabilisation lancée contre moi.

Par qui ?

Je ne sais pas mais je regarde à qui ça profite.

Et ça profite à qui ?

À une gauche qui est dans une situation inextricable avec un président discrédité, une majorité éclatée, un candidat illusionniste… Le seul obstacle à leur opération de survie, c’est moi. Vous pouvez en tirer les conclusions que vous voulez.

Quand François Hollande a prôné « l’exemplarité au sommet de l’État », vous visait-il ?

François Hollande est bien mal placé pour parler d’exemplarité. Un président dont le ministre du Budget a été condamné pour fraude fiscale peut-il parler d’exemplarité? Un président qui viole le secret-défense en montrant des plans d’opérations militaires à des journalistes peut-il parler d’exemplarité? Ce président ne devrait pas dire ça.

Votre sentiment est que les électeurs de la droite et du centre vous soutiennent davantage que certains membres de votre parti ?

Je sens très bien le désarroi de certains électeurs. J’ai moi-même reconnu que les pratiques qui étaient celles du Parlement pendant très longtemps n’étaient plus adaptées. Mais je sens aussi à travers les innombrables messages que je reçois que les Français ne sont pas dupes à l’égard de cet acharnement. Ils ne veulent pas se laisser voler cette élection.

François Bayrou peut-il être un allié, compte tenu de ce qu’il dit de vous ?

Il a fait élire François Hollande et je pense qu’il s’est mis en dehors de la famille de la droite et du centre qui, elle, est solide. Je pense en particulier à mes amis de l’UDI qui sont dans la campagne et qui tiennent bon.

Avez-vous avancé sur la question de votre possible premier ministre ? On parle beaucoup de François Baroin ou de Xavier Bertrand ces jours-ci…

Pour l’instant, les circonstances appellent au renforcement de l’équipe autour de moi. Ce que je demande à mes amis, c’est d’être très engagés, d’autant plus engagés qu’il faut briser le mur des attaques. C’est le cas. Xavier Bertrand, François Baroin, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau, Bruno Le Maire et tous les autres… Ils sont là et nous allons faire la démonstration de cet esprit d’équipe.

Une victoire de Marine Le Pen vous paraît-elle possible en mai prochain ?

En l’absence d’un candidat de la droite et du centre au second tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen serait en situation plus favorable. Et je suis certain qu’aux élections législatives suivantes, aucune majorité parlementaire ne se dégagerait. Nous aurions un pays ingouvernable, qui s’enfoncerait dans le déclin. Le seul candidat qui est aujourd’hui en mesure de rassembler une majorité pour redresser la France, c’est moi. Ce n’est pas M. Macron. Pas M. Hamon. Pas Mme Le Pen.

Vos déplacements cette semaine étaient placés sous le signe de la sécurité. C’est une volonté de répondre aux violences urbaines ?

Tous mes discours de campagne sont articulés autour de deux thèmes, la liberté et l’autorité. J’ai présenté mes propositions sur la sécurité à Boulogne, en mars 2016. Cette question est au cœur de mon projet depuis longtemps. Ce qui est vrai, c’est que les événements des derniers jours en région parisienne témoignent de la montée d’une violence très importante qui concerne des personnes de plus en plus jeunes. La situation est explosive. Elle marque l’échec du gouvernement qui a été laxiste sur le plan pénal et immobile sur la modernisation et le renforcement des forces de sécurité. Oui, il y a une énorme inquiétude des Français. Ils m’en parlent à chacun de mes déplacements. Et je suis bien décidé à y répondre.

Ce n’est pas un tournant dans votre campagne mais est-ce que vous considérez que ces événements marquent un tournant dans la campagne ?

Ils marquent surtout un tournant dans la vie des Français, qui, plus que jamais, veulent de l’ordre.

Les enjeux ont-ils changé ?

Pas pour moi. J’ai toujours pensé que la sécurité des Français était au centre du débat parce qu’elle est au cœur de leurs inquiétudes. C’est pour cela que j’ai consacré un livre au terrorisme islamique. Aujourd’hui, c’est la situation dans les banlieues qui fait l’actualité. Les éruptions de violence montrent que le pays est à bout de souffle et que l’État doit reprendre les choses en main. Il y a un enjeu sécuritaire évident, mais il y a aussi la nécessité urgente de libérer l’emploi, refonder l’éducation, resserrer l’immigration, relancer l’intégration. La crise des banlieues, c’est le reflet de la crise française. Tout cela justifie mon projet de rupture.

Vous avez proposé l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans. Qu’est-ce qui vous a convaincu ? Jusqu’à présent vous y étiez plutôt hostile.

C’est l’ordonnance de 1945 qui régit la justice des mineurs. Elle a été modifiée à plusieurs reprises sans aller au bout de la démarche parce qu’il n’y avait pas de consensus sur ce sujet. Ce que je constate, c’est que la situation a radicalement changé depuis 1945. La délinquance des mineurs a fortement augmenté, les délits sont de plus en plus violents, les mineurs de 16-18 ans qui arrivent devant le tribunal sont en grand nombre des multiréitérants. Ces éléments ont conduit à un débat au sein de mon équipe de campagne depuis plusieurs semaines, ce qui m’a amené à proposer notamment à l’initiative de Valérie Pécresse, d’Éric Ciotti et de Philippe Goujon l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans. J’étais pendant longtemps hésitant car je considère qu’il n’y a pas de raison objective de descendre la majorité civile de 18 à 16 ans. Mais ces deux sujets peuvent être disjoints.

Si vous élargissez les possibilités pour les adolescents de travailler ou de rentrer dans l’apprentissage, et que vous baissez la majorité pénale, pourquoi ne pas considérer qu’ils sont majeurs à 16 ans ?

Je pense qu’ils sont trop dépendants à 16 ans de leur famille, du milieu scolaire… Cette dépendance empêche, de mon point de vue, de baisser la majorité civile.

Est-ce que vous prévoyez de sanctionner les parents ?

Je prévois de rétablir la mesure que nous avions prise et qui a été abrogée par le gouvernement socialiste de suspendre les allocations familiales aux familles de mineurs récidivistes. Elles ont des devoirs vis-à-vis de leurs enfants.

Vous estimez que l’on ne doit pas tirer de généralités du comportement de certains policiers. Est-ce qu’on doit modifier l’ordonnance de 1945 sur les mineurs en raison du comportement de certains mineurs ?

Votre question est révélatrice d’une inversion des valeurs. Comment comparer les policiers qui font leur travail et qui sont au service de la sécurité des Français à la montée de la délinquance chez les mineurs ? On ne peut pas faire de parallèle entre les deux sujets. En tant que président de la République, je soutiendrai les policiers. La paix civile, la cohésion nationale sont fragiles et elles tiennent en partie grâce au travail des forces de sécurité, effectué dans des conditions extrêmement difficiles. Laisser le soupçon s’installer sur les forces de l’ordre, donner le sentiment que les plus hautes autorités de l’État les soutiennent du bout des lèvres, c’est extrêmement dangereux.

Une étude du Cevipof montre que 57% des policiers sont prêts à voter Front national. Qu’avez-vous à leur dire ? 

Le message que j’adresse aux policiers, c’est celui de mon soutien total. J’ai passé beaucoup de temps ces dernières années à leur côté. Je sais la difficulté de leur tâche et je les soutiens pleinement. Plus de 12.000 policiers et gendarmes sont blessés en service chaque année. C’est bien d’aller au chevet d’un jeune, mais il faudrait aussi que le président de la République aille au chevet des policiers blessés, caillassés, injuriés ! Si je suis élu, je leur donnerai les moyens modernes pour assumer leur mission. On parle trop souvent de la question des effectifs et pas assez de celle de leur équipement: les armes, les voitures, les matériels de communication, les caméras, les logiciels… Je veux qu’ils soient mieux protégés, que la police municipale soit armée. C’est ce que j’expliquerai aux syndicats de police que je vois très prochainement.

Ces préconisations suffiront-elles à les détourner du vote FN ?

Je veux leur dire que Marine Le Pen, c’est une impasse. Son projet conduirait la France à la faillite. Il serait alors impossible d’améliorer le travail des policiers, bien au contraire.

Les émeutiers, vous l’avez dit, sont souvent multirécidivistes. Est-ce que vous prônez la « tolérance zéro » ?

Tolérance zéro dès le premier acte, rétablissement des peines planchers, multiplication des opérations de recherche d’armes dans les quartiers.

Mais cette recherche d’armes n’a souvent pas été conduite de peur de déclencher une crise dans les banlieues…

Cette attitude ancienne qui a consisté à ne pas provoquer les délinquants de peur de créer des incidents dans les quartiers a échoué. On le voit bien d’ailleurs puisque les incidents ont lieu, de plus en plus nombreux, de plus en plus puissants. Il faut donc arrêter de se cacher derrière son petit doigt. Il faut accepter de prendre des risques et de faire appliquer la loi.

Entre 2007 et 2012, certains préfets ont voulu le faire. Qu’est-ce que vous feriez de plus ?

Commençons par reprendre cette politique. Ensuite, il faut concentrer les forces de police là où elles sont le plus nécessaires. Il y a des problèmes de répartition d’effectifs. 20.000 policiers sont occupés à des tâches administratives, sans parler des gardes statiques. Il faut réorganiser les effectifs de sécurité, confier les gardes statiques aux sociétés de sécurité, armer les polices municipales et leur donner des pouvoirs en matière de contrôle d’identité, de manière à ce qu’elles puissent vraiment assurer la complémentarité de la police nationale. Il faut dégager des effectifs de policiers supplémentaires par la suppression de la bureaucratie. Et s’il faut créer des postes de policier supplémentaires, on le fera. Compte tenu de la gravité de la situation, je propose une loi de programmation sur la sécurité intérieure et la justice qui sera votée dès le début du quinquennat. Elle se traduira par un milliard supplémentaire pour les forces de sécurité pour l’intérieur, deux milliards pour la justice avec 16.000 places de prison supplémentaires.

Sur les effectifs, vous ne faites aucun chiffrage aujourd’hui ?

Je continuerai inlassablement à expliquer aux Français que le pays croule sous la dette et que le sort de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne nous menace sérieusement. Aucun gouvernement ne pourra échapper à une remise en ordre des finances publiques. Mais il y a un élément nouveau. C’est que le gouvernement socialiste a décidé de transcrire une directive européenne de 2003 qui modifie les cycles horaires de la police nationale et qui d’après tous les experts va se traduire par une amputation de 8% de son potentiel opérationnel. 8% ! Ça fait partie des « cadeaux » que vont nous laisser François Hollande et son gouvernement. Rien que ce sujet rendra inéluctable l’augmentation des effectifs de police. Ça veut dire qu’il faudra faire plus d’efforts ailleurs, sur d’autres secteurs de l’emploi public.

Et vous savez où ?

Ce que je veux, c’est qu’on mène une réforme en profondeur de l’action publique. Ça signifie réorganiser les services administratifs, supprimer ceux qui peuvent être mieux assurés que par l’État, ou qui se traduisent par une bureaucratie excessive, permettre des départs volontaires dans certaines administrations, forcer les collectivités locales à réduire leurs effectifs, numériser massivement l’État. C’est une grande modernisation de l’action publique qui doit se traduire par des diminutions d’effectifs et l’augmentation du temps de travail. Sans cela, le pays ne pourra pas s’en sortir.

Vous souhaitez également dépénaliser les petits délits, les sortir du processus judiciaire pour les sanctionner par des amendes. Est-ce que ça ne sera pas moins dissuasif que de passer devant un juge ?

La réalité, c’est que de très nombreux délits ne sont pas poursuivis en raison de l’encombrement des tribunaux et, il faut bien le dire, de la culture de l’excuse. Je veux rompre avec cette culture et faire en sorte que tous les petits délits, ce qu’on appelle les incivilités qui pourrissent la vie de nos concitoyens, soient sanctionnés. La dégradation de véhicules, le tapage nocturne, les ventes à la sauvette, les occupations de hall d’immeuble, les atteintes à l’autorité des enseignants ou des gardiens d’immeuble doivent faire l’objet de sanctions. Il est inimaginable que les tribunaux, déjà engorgés, puissent faire face à l’augmentation du nombre de ces petits délits. Oui, je veux les sanctionner par des amendes qui seront exigibles immédiatement, qui permettront de passer à une situation où ils ne sont pas poursuivis à une situation où ils sont sanctionnés.

Cette dépénalisation concernerait-elle l’usage des stupéfiants ?

Contrairement à la plupart des autres candidats à la présidentielle, je suis totalement opposé à la dépénalisation de l’usage des stupéfiants. Je le suis pour des raisons de principe et de santé. Je pense que la société se construit autour d’interdits. Et que celui-là est fondamental. Mais aujourd’hui, bien qu’elle soit un délit, la consommation de drogue, et notamment de cannabis, n’est pratiquement jamais sanctionnée. C’est pourquoi je propose que l’on ait recours, aussi souvent que possible, à la sanction par ordonnance pénale, qui permet de sanctionner rapidement. C’est une question d’efficacité.

Tolérance zéro, dépénalisation des petits délits, réaffectation des forces de l’ordre… sont aussi dans le programme d’Emmanuel Macron. Êtes-vous surpris ?

Je me réjouis que le fils spirituel de François Hollande ouvre les yeux sur l’échec de la politique menée par son mentor. Je regrette qu’on ne l’ait pas entendu le dire lorsqu’il était au gouvernement.

Que pensez-vous de la déclaration d’Emmanuel Macron qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité » ?

C’est indigne d’enfourcher en Algérie le cheval de la détestation de notre histoire. Le crime contre l’humanité, c’est la Shoah, les génocides, l’esclavage… Oser comparer la colonisation à ces événements monstrueux, c’est une vraie faute. Cela dénote chez Emmanuel Macron un manque de profondeur historique et une absence de colonne vertébrale. Il dit à ceux qui l’écoutent ce qu’ils ont envie d’entendre, puisqu’il y a quelques mois il avait tenu d’autres propos plus nuancés sur la colonisation. Macron, c’est la cohérence zéro. De mon point de vue, ça ne le qualifie pas pour exercer la fonction de président de la République dans les moments de tempête. Il faut avoir un regard lucide et critique sur la colonisation et ce qu’elle a représenté pour le peuple algérien. Mais l’Histoire n’est pas binaire. Il y a des millions de Français qui ont vécu en Algérie ; c’est insultant pour eux de les traiter en complices d’un prétendu crime contre l’humanité. Au demeurant, bien des Algériens demandent le respect et pas cette autoflagellation.

Si vous étiez élu président de la République, est-ce que vous pourriez faire un discours fort ou un acte fort sur le thème de la repentance ?

Oui. Je dirai : oui à la lucidité, non à la repentance. C’est comme cela que nous avons construit l’amitié franco-allemande. Arrêtons de ne regarder que les pages noires de notre histoire. J’ai évoqué la nécessité d’enseigner à l’école notre récit national. On ne peut pas lutter contre la désintégration de la nation, contre le repli communautaire, contre l’expression de ceux qui parlent de leur haine de la France, si on ne commence pas par présenter aux enfants, à l’école, une vision globale et positive de leur pays et de son histoire. Il ne s’agit pas de la peindre en rose, de la déformer. Il s’agit de la prendre dans son intégralité pour montrer que cette histoire, avec des pages qui sont très lumineuses et des pages plus sombres, a permis de construire une grande nation, qui reste encore admirée par le monde entier et qui a encore un message universel. La fierté nationale est le carburant de notre unité et de notre audace collective.

 


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